Bonne chance, Monsieur le Président!

Entre un président qui rassemble et un leader qui réforme, nos compatriotes ont ce 6 mai 2012 fait, à une courte majorité, le choix du rassemblement. Que les termes du problème aient été posés ainsi par les personnalités et programmes respectifs des deux principaux candidats en dit long sur l’incapacité de la classe politique hexagonale à développer une vision à la fois courageuse et apaisée pour l’avenir du pays.
A l’issue du second scrutin présidentiel le plus serré de l’histoire de la Ve République, on peut, je crois, tirer deux enseignements:
- Le nouveau Président aura été élu davantage sur le rejet de la personnalité du sortant que sur son programme – quasi-inexistant – ou même sur la base d’un vote de crise précipitant l’alternance. A l’évidence, malgré son leadership, son énergie et sa sincère ambition réformatrice – traits de caractère dont le nouvel élu semble manquer cruellement dans une période qui pourtant les requiert – Nicolas Sarkozy a commis de graves erreurs “symboliques” dignes d’un débutant qui ont rapidement entamé son capital politique de façon décisive. Je n’en retiendrai que deux: le doublement de son salaire et la tentative absurde et avortée de nomination de son fils à la tête d’un grand établissement public, initiatives qui ont choqué jusqu’à son électorat le plus fidèle. Sans ces deux initiatives désastreuses pour son image, je suis convaincu qu’il aurait été réélu, fort d’un bon bilan de réformes qu’il n’a pas su mettre en valeur durant sa campagne.
- La nouvelle présidence gagnera en habileté ce qu’elle perdra en leadership. François Hollande a su offrir à l’animus français déboussolé par une crise qui a testé son manque de résilience (les fameux “veaux” dont parlait de Gaulle), le visage rassurant et paternel qu’il attendait. Il saurait en effet mieux que son prédécesseur le rassurer sur ce qu’il peut faire dans ce monde globalisé qu’il ne comprend plus, à condition de mener les réformes structurelles nécessaires dans l’apaisement. Le seul problème, c’est que ces réformes – notamment celle du marché du travail et la nécessaire meilleure gestion des effectifs de la fonction publique – ne semblent pas être au programme. On semble donc être parti pour cinq années de “ni-ni”, cinq années qui seraient dès lors perdues pour la France et qui rendent l’objectif affiché d’équilibre budgétaire en 2017 peu réaliste.
- Une majorité de Français – et notamment les jeunes – tout au moins, ceux qui ne se sont pas encore expatriés ou ne l’envisagent pas – semble ne plus vouloir lutter et se réinventer dans un monde qui l’exige pourtant et qui n’attendra pas la France. Après cinq années de réformes, l’heure semble être de nouveau au renoncement ou, ce qui serait pire, au retour en arrière et à la remise en cause des acquis de ce quinquennat, notamment en ce qui concerne le retour à l’équilibre des régimes de retraites ou la gouvernance des universités. La nature ayant horreur du vide, il est à craindre que les tenants du “troisième tour social” s’engouffrent rapidement dans la brèche laissée ouverte par le manque d’autorité du nouveau Président, ne se contentant pas des miettes de justice sociale promises…
Alors même qu’à l’issue des élections grecques, le scénario catastrophe de la faillite de cet Etat semble être de nouveau d’actualité, les lendemains sont donc plus incertains que jamais et la réalité rattrapera très rapidement François Hollande. Son parti possédant tous les pouvoirs nationaux et locaux à l’issue de sa probable victoire aux élections de juin, il n’aura aucune excuse en cas d’échec. Bonne chance à lui…